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Union Paneuropéenne de France

 

Manifeste pour la Grande Europe:

1.) Créer la Grande Europe de la diplomatie et de la sécurité

2.) Adapter les institutions de l'Union européenne en vue de l'élargissement

3.) Assurer la stabilité et la sécurité des peuples de l'Europe

4.) Reconnaître et défendre les valeurs de l'Europe

5.) Un referendum pour l'Europe


 

Dans son livre "Paneurope", paru en 1923, Richard Coudenhove-Kalergi posait la question suivante:

"L'Europe, dans son morcellement politique et économique, peut-elle assurer sa paix et son indépendance face aux puissances mondiales extra-européennes qui sont en pleine croissance?"

Une première réponse a été apportée à cette question d'abord par la création de la Communauté économique européenne entre six, puis neuf, enfin seize Etats de l'Europe Occidentale. Ces Etats viennent, par l'adoption du traité de Maastricht, de décider de fonder entre eux une Union européenne, qui mettrait en commun leurs efforts, non seulement au plan de l'économie, mais aussi dans les domaines vitaux de la politique étrangère et de la sécurité.

Mais, face aux défis de notre époque, politiques, militaires, économiques et sociaux, le cadre géographique actuel de l'Union européenne apparaît trop étroit. De nouvelles demandes d'adhésion sont déjà en cours de négociation. Les pays d'Europe centrale et orientale frappent à la porte, sans être encore en mesure d'assumer toutes les obligations, notamment d'ordre économique et social, que se sont imposées les membres de l'Union.

 

1.) Créer la Grande Europe de la diplomatie et de la sécurité

Le C.F.U.P (Paneurope France) propose donc que soit décidée solennellement la création de la Grande Europe dotée d'une politique étrangère et de sécurité commune. Il demande que les chefs d'Etat ou de gouvernement des pays démocratiques, d'Europe centrale, orientale et baltique, soient immédiatement invités à se joindre aux réunions du Conseil de l'Union européenne lorsque celui-ci délibère sur les questions diplomatiques et de défense. Cette invitation doit être la première étape d'une association étroite de ces pays à la définition et la mise en oeuvre de politiques communes dans ces matières.

Ainsi, l'Europe pourra-t-elle faire face aux responsabilités mondiales qui sont les siennes, notamment en raison de ce que les drapeaux de plusieurs Etats européens flottent dans les cinq parties du monde. De même, pourra-t-elle participer à la solution des conflits extra-européens où ses interêts sont engagés et mettre en oeuvre une véritable politique méditerranéenne.

 

2.) Adapter les institutions de l'Union européenne en vue de l'élargissement

Les institutions de l'Union européenne, telles qu'elles découlent du traité de Maastricht, sont inadaptées à une Europe élargie. Elles risquent la congestion et l'impuissance. Le traité a prévu qu'elles pourraient être révisées en 1996. Il faut mettre en chantier cette revision.

Il est proposé:

L'objectif, qui ne doit jamais être perdu de vue, est de faire de l'Union européenne "une maison sans cesse plus étroite des peuples de l'Europe constitués en Etats et non pas un Etat reposant sur le peuple d'une nation européenne" (decision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe).

Cette union doit être organisée suivant les principes démocratiques, le pouvoir devant être exercé par les responsables issus du suffrage universel et non par un collège technocratique.

C'est grâce à l'action des représentants des Etats membres et en contraignant la Commission à suivre strictement les instructions du Conseil des ministres que l'Europe a réussi à défendre ses intérêts essentiels, face aux Etats-Unis et aux autres puissances économiques, dans la négociation du GATT. Cet exemple doit servir d'enseignement pour l'avenir.

Cette réforme institutionnelle permettra à l'Union européenne de répondre à l'appel lancé par les pays libérés d'Europe centrale et orientale pour une action d'envergure qui permette à leurs économies de se développer et préparer ainsi leur intégration dans la Communauté économique. Cette action est le seul moyen d'éviter qu'ils retombent sous le joug des doctrines qui leur ont fait tant de mal.

 

3.) Assurer la stabilité et la sécurité des peuples de l'Europe

Le C.F.U.P (Paneurope France) appuie l'initiative française tendant à la conclusion d'un pacte de stabilité entre les pays de la grande Europe, pour éliminer les conflits de frontières et garantir les droits des minorités dans le cadre d'un statut européen.

L'Union européenne, élargie aux pays démocratiques d'Europe centrale, orientale et balkanique, ne doit plus tolérer sur le territoire européen la poursuite de guerres locales, destructrices et meurtrières. Les belligérants doivent être amenés par tous les moyens, y compris l'usage de la force, à déposer les armes et à régler leurs différends par la voie pacifique, suivant le principe de l'autodétermination des peuples.

L'Europe doit pouvoir assurer elle-même sa propre sécurité, sans rompre les liens qui l'unissent aux Etats-Unis et au Canada au sein de l'Alliance atlantique.

Tous les Etats qui désirent coopérer à la défense commune doivent se regrouper au sein de l'U.E.O. Ils constitueront entre eux une force d'intervention rapide de 100.000 hommes, dotés de tous les moyens et armements modernes.

Pour éviter la confusion qui résulte de la coexistence d'organismes multiples (C.S.C.E., O.N.U., O.T.A.N., U.E.O., Union européenne) Paneurope propose que soit étudiée la création d'un Conseil de Sécurité européen, organisme de coordination de la défense de l'Europe.

 

4.) Reconnaître et défendre les valeurs de l'Europe

L'Europe d'aujourd'hui ne doit pas hésiter à proclamer et à protéger les valeurs qui ont forgé son identité et permis son rayonnement: celles de la civilisation gréco-romaine, transcendées et magnifiées par le message spirituel du christianisme. Ces valeurs sont le fondement de cultures de l'Europe dont l'unité, dans la diversité, forme la culture européenne. "L'exception européenne" doit continuer à être défendue, face au nivellement et à l'uniformisation par le bas que proposent très souvent les média.

L'Europe doit aussi prendre des mesures concrètes pour lutter contre les fléaux qui menacent sa civilisation: le chômage, l'exclusion, le racisme, la pollution, la drogue, le crime organisé. Il n'y aura pas d'Union de l'Europe si on laisse péricliter les fondements de la civilisation européenne.

Si l'Union européenne présente tant d'attraits pour les Etats qui se pressent à sa porte, c'est parce que la civilisation et la construction européennes ont assuré aux peuples de l'Union un haut degré de développement économique. C'est pourquoi il faut favoriser tout ce qui, dans ce domaine, tend àssurer l'indépendance et la prospérité de l'Europe.

L'Union europénne, qui aura renforcé la solidarité de ses Etats membres dans le domaine économique et monétaire, doit adopter une stratégie industrielle et commerciale offensive, développer la recherche dans les technologies de pointe, exiger le respect par les autres grands acteurs de l'économie des règles de l'ordre commercial international, résister au dumping, notament au dumping social.

Le recul du chômage en Europe sera, aux yeux des peuples de notre continent, le véritable test de la réussite de l'Europe, car les valeurs de l'Europe ne sont pas seulement du domaine de l'abstrait.

 

5.) Un referendum pour l'Europe

Trop d'obstacles, trop de préjugés, trop de résistances entravent encore les progrès de la construction européenne. Il faut susciter à nouveau un grand mouvement d'enthousiasme pour l'Europe, afin que celle-ci procède réellement des peuples qui la composent.

Le général de Gaulle avait autrefois proposé la tenue d'un referendum européen. Au stade actuel de la construction européenne, les citoyens n'ont été consultés directement qu'épisodiquement et de manière fragmentaire.

Pour donner un nouvel essor à l'oeuvre entreprise, il faut que dans tous les Etats qui veulent avoir en commun un avenir européen, soit organisé, simultanément, un referendum sur l'adhésion des peuples à l'idéal européen, avec mandat donné ou confirmé aux gouvernements de ces Etats d'élaborer les bases et les règles d'une organisation au sein de laquelle puissent se retrouver, vivre et coopérer tous les pays qui composent la Paneurope.

 

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Ainsi, la question posée en 1923 par Richard Coudenhove-Kalergi est-elle toujours d'actualité. Réunir tous les Etats de l'Europe qui ont adopté la démocratie est une nécessité vitale. La consolidation de l'Union européenne, son approfondissement, son élargissement, la constitution d'une grande Europe indépendante, maîtresse de son destin, fidèle à ses valeurs, comptable d'un niveau de vie et de développement des peuples qui y vivent, constituent une tâche aussi nécessaire qu'exaltante. Notre génération porte une responsablilité immense vis-à-vis de celles qui vont la suivre. Notre échec ou notre réussite détermineront en grande partie le sort de nos descendants. Ils nous appartient de compléter l'oeuvre entreprise sous l'égide de nos fondateurs et poursuivie dans la continuité jusqu'en mai 1981 par tous les Chefs d'Etat de la Ve République.

L'Europe que nous voulons bâtir est celle des réalités: Il ne s'agit pas d'obéir à une quelconque idéologie ou d'obéir à des schémas préconçus. Il s'agit de relever le défi majeur qui est posé aux peuples de l'Europe: s'unir en restant eux-mêmes et en mettant en commun tout ce qui peut leur permettre de construire ensemble leur avenir.

C'est pourquoi le C.F.U.P. (Paneurope France) appelle à le rejoindre et à le soutenir tous les hommes et toutes les femmes qui, dans notre pays, reconnaissent que l'édification de la Paneurope est la plus grande affaire de notre temps. Il est confiant que cet appel sera largement entendu.

Manifesté en Janvier 1994

 

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