Juozapas Algirdas KATKUS
Lituanie
Né en 1936, Juozapas Katkus n'a pas eu la possibilité de fréquenter l'école primaire, sa famille ayant été déportée à la fin des années '40 à Irkoutsk et à Krasnoïarsk, en Sibérie orientale. De retour en Lituanie neuf ans plus tard, il a pratiqué différents métiers tout en suivant des cours du soir, puis l'école secondaire à Vilnius et il a parfait sa formation à l'Institut Polytechnique de Kaunas où il a obtenu en 1971 le doctorat en technologie.
Entre 1964 et 1992, il a enseigné à l'Université de Technologie de Kaunas, d'abord comme assistant puis comme professeur et a donné des cours également à l'Institut pétrochimique d'Alger. Actif dans la politique de son pays, il a notamment présidé le Comité directeur des Conservateurs lituaniens et a été élu député au Parlement lituanien où il préside actuellement la Commission de la Défense et de la Sécurité nationale.
Délégué à la Rencontre Coudenhove-Kalergi par son Ministère des Affaires étrangères, Juozapas Katkus expose le point de vue de la Lituanie sur son intégration européenne.
LA LITUANIE ET L'INTÉGRATION EUROPÉENNE
Tout d'abord, je voudrais dire que je suis très heureux de pouvoir participer à cet honorable forum traitant des questions de l'avenir de l'Europe. Je ne peux que féliciter et soutenir la détermination de l'Union Paneuropéenne d'analyser et de mettre en place des actions visant à unir et à mobiliser les peuples européens pour un travail commun, des actions visant la création d'une Europe susceptible de trouver un juste équilibre entre les valeurs ethniques, nationales et régionales, religieuses et entre les valeurs culturelles européennes communes, des actions faisant disparaître les récidives de chauvinisme et de nationalisme exclusif pour créer une Europe capable de garantir la stabilité et la sécurité de toutes les régions.
D'ores et déjà l'Union Européenne doit prendre ses responsabilités pour conserver les valeurs européennes. C'est pourquoi il est important de soutenir les pays qui partagent les mêmes valeurs et qui ont vocation de s'intégrer aux structures euro-atlantiques. A l'heure actuelle, l'UE est suffisamment sûre, mais s'agissant de l'avenir, elle devrait se préparer à relever de nouveaux défis.
L'acquisition d'armes de destruction massive par les Etats intégristes ou les régimes terroristes n'est qu'une question de temps. Le processus démocratique en Russie, en Biélorussie, dans les Balkans, dans les régions du Caucase et dans d'autres régions reste imprévisible. L'UE doit se préparer à assumer le rôle de la deuxième superpuissance dans le monde, puisque dans l'avenir, elle devra inévitablement partager avec les Etats-Unis les responsabilités de maintien de la paix et de la prévention des conflits régionaux sur la planète.
L'intégration de l'UE est un acquis important de l'Europe. L'introduction de l'Euro, les Accords de Schengen, le développement de l'identité et de l'industrie de défense, tout ceci représente la perspective d'une Europe puissante. Le dessin de figure géométrique accompagné des débats sur qui devrait être invité à faire partie du noyau dur de l'UE et qui devrait rester de côté ne serait pas utile à l'Europe. Le principe de la géométrie variable ne serait acceptable que dans la mesure où, à un moment précis de l'intégration, les mêmes conditions et les mêmes règles sont établies pour tout le monde. Celui qui le veut, remplira les exigences requises et adhérera.
Il serait bon que les conditions d'adhésion à l'UE soient différenciées selon le retard que les pays candidats doivent rattraper, qu'elles aient une base réelle, qu'elles soient bien réfléchies et possibles à atteindre, autrement elles peuvent devenir un vrai obstacle sur le chemin de l'intégration à l'UE d'un pays candidat. L'élargissement de l'UE aux Etats candidats est une question globale de l'avenir de l'Europe. Plus rapidement on y procède, moins grand sera le prix à payer à l'avenir et plus rapidement nous nous rapprocherons des idées rêvées par Richard Coudenhove-Kalergi, Winston Churchill, Robert Schuman et les autres personnalités.
Le fait de laisser certains Etats dans une zone grise, une zone tampon, serait un torpillage de la sécurité et de la stabilité de l'Europe. Cela peut encourager certains Etats agressifs à revenir à la résolution des problèmes au moyen de la pression économique, politique et même militaire. Grâce à leur situation géopolitique en Europe de l'Est, les Pays Baltes constituent un espace économique et social stable et pluraliste et ils peuvent jouer un rôle positif dans le développement du processus démocratique irréversible en Russie et en Biélorussie.
La Lituanie fait partie de toute une série d'organisations internationales comme les autres Pays Baltes, dont la plus récente, parmi d'autres, est le Conseil de l'Europe. Elle est partenaire associée de l'UEO, membre de l'Assemblée des Pays Baltes, elle participe au Conseil de l'Atlantique Nord et dans plus d'une trentaine de programmes individuels de l'OTAN ainsi que dans le programme de Partenariat pour la Paix. Elle a déjà envoyé ses détachements de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo.
Afin de se conformer aux normes de l'OTAN, la réforme des forces armées accompagnée de la création de textes législatifs nécessaires est en cours en Lituanie. Le contrôle des civils sur les forces armées est assuré. Il n'y a pas de désaccords territoriaux entre la Lituanie et ses pays voisins. Les Lituaniens ont signé un accord de délimitation de la frontière avec la Russie. Cet accord sera bientôt ratifié par les Parlements nationaux des deux pays. Les travaux de démarcation de la frontière entre la Lituanie et la Biélorussie touchent à leur fin. Les droits des minorités nationales sont garanties par la Constitution et par la Loi sur les minorités nationales. La Lituanie a signé et ratifié tous les accords relevant du domaine du contrôle des armes.
Malgré l'impact de la crise russe sur l'économie lituanienne, la situation financière et politique du pays reste stable, mais à cause de cette crise, la croissance de production prévue – PIB – a diminué et il a fallu ajuster le budget de l'Etat pour diminuer les dépenses publiques et renoncer à l'exécution des programmes qui ne sont pas prioritaires.
Le Président de la République, le Parlement et le Gouvernement obéissent aux priorités du pays dont les principales sont l'intégration à l'UE et à l'OTAN. La Lituanie présente les caractéristiques d'une démocratie, je crois comme les autres Pays Baltes, disposant d'institutions stables qui garantissent la primauté du droit, le respect des droits de l'homme et de ceux des minorités nationales.
Quelques mots sur la centrale nucléaire d'Ignalina : il est vrai qu'en Lituanie, la sûreté nucléaire est considérée avec la plus grande attention. Les travaux d'élaboration de la stratégie nationale d'énergie touchent à leur fin. L'UE a demandé la fermeture rapide de la centrale nucléaire. Non officiellement, cette exigence serait liée à l'invitation de la Lituanie de commencer des négociations d'adhésion à l'UE. Le Gouvernement lituanien n'est pas contraire à cette fermeture et s'y prépare, mais cela demande du temps et des fonds importants qui dépassent le budget national de deux ou trois ans. Donc la fermeture immédiate de cette centrale nucléaire n'est pas possible puisqu'elle paralyserait complètement l'économie lituanienne pendant deux ou trois ans. Il faut prévoir l'aide financière de l'UE et des autres pays.
En adhérant à l'UE, la Lituanie assumera toutes les obligations découlant de cette adhésion. Cela veut dire qu'elle adhère aux objectifs de l'union politique, économique et monétaire. La Lituanie a pour but de transposer chaque année une partie importante de la législation européenne dans la législation nationale et, sauf exceptions mineures, elle compte transposer la majeure partie de l'acquis jusqu'en l'an 2003-2004. Le Gouvernement est déterminé à continuer d'une manière constructive la préparation de notre pays à l'adhésion à l'UE. C'est avec confiance que nous attendons le rapport de la Commission sur les progrès de la Lituanie. De notre côté, nous sommes prêts à commencer les négociations pour l'adhésion immédiatement après le Conseil Européen de Helsinki.
Pour les Pays Baltes, c'est-à-dire l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, il ne s'agit pas d'entrer en Europe. Ils étaient, ils sont et ils seront toujours en Europe.