Ce manque de reconnaissance officielle est regrettable
car, de 1922 jusqu'à son décès en 1972, il a combattu pour l'unité et la liberté de notre continent et s'est trouvé, entre les deux guerres, au cœur de toutes les initiatives prises en faveur de l'union et de la paix en
Europe.Fils d'un diplomate austro-hongrois et d'une Japonaise, il a été dès l'enfance convaincu que c'est l'esprit européen, plus que la seule convergence d'intérêts matériels, qui peut façonner l'Europe.
Coudenhove-Kalergi a lancé son premier appel à l'unité de l'Europe en octobre 1922. L'année suivante, il propose le premier projet moderne d'une Europe unie, exposé dans son livre PAN-EUROPA.
De nos jours encore, cet ouvrage prophétique et mobilisateur (réédité en français en 1997) fascine par son actualité.
Pour Coudenhove-Kalergi, l'Europe est une fraternité d'hommes partageant des visions
communes. Héritière d'un riche passé, l'Europe ne peut survivre que si elle s'unit en préservant les particularités de tous ses peuples et en leur accordant le droit incontestable
de les conserver. Le rejet de tout préjugé nationaliste, la défense de la liberté et la consolidation de la paix sont, avec la réconciliation de la France et de l'Allemagne, les pierres angulaires de l'unité européenne.
Traduit en de nombreuses langues, cet appel a connu un succès retentissant : les causes des crises européennes sont passées en revue, des solutions concrètes sont esquissées, et,
surtout, l'union de l'Europe y est, pour la première fois, présentée comme un lendemain plausible et souhaitable, et non pas comme une utopie d'un âge d'or lointain. De plus, il
pose la question fondamentale des dimensions spirituelle et intellectuelle de l'union du vieux continent.
Le message a été perçu dès l'entre-deux-guerres par bon nombre de personnalités parmi
lesquelles Konrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Winston Churchill. Ces hommes d'Etat, et bien d'autres comme Aristide Briand, Gustav Stresemann, Charles de
Gaulle ou Carlo Sforza, ainsi que d'éminents penseurs comme Denis de Rougemont, Alexis Léger, Carl Burckhardt, Salvador de Madariaga ou Benedetto Croce, ont trouvé dans les
idées paneuropéennes et dans la fréquentation de Coudenhove-Kalergi les sources de leur engagement européen.
Si la personne de Richard Coudenhove-Kalergi a été quelque peu oubliée, son héritage
intellectuel, lui, fait depuis longtemps partie de notre présent spirituel et culturel et forme ce que l'on pourrait appeler le véritable "acquis européen".
C'est Coudenhove-Kalergi qui a lancé notamment l'idée de réunir le charbon allemand et le minerai français (1923), dont l'aboutissement, en 1950, a été la création de la première
Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA).
C'est lui qui a inspiré à Aristide Briand son projet d'union européenne, présenté en 1929
devant la Société des Nations à Genève, projet non concrétisé en raison de la dégradation des relations entre les Etats. C'est encore lui qui a proposé d'adopter l'Ode à la Joie de Schiller sur la musique de la 9e
symphonie de Beethoven en tant qu'hymne européen (1929). C'est également lui qui a suggéré la célébration d'une journée de l'Europe en mai (1930) et la création d'un timbre-poste européen (1947).
Coudenhove-Kalergi a été l'inspirateur de Churchill qui a lancé son retentissant appel à l'unité de l'Europe en septembre 1946 à Zurich. En 1947, Coudenhove-Kalergi a fondé à
Gstaad l'Union Parlementaire Européenne qui, après le Congrès de l'Europe à La Haye en 1948, a conduit à la création du Conseil de l'Europe et du Parlement européen.
Après la Deuxième guerre mondiale, diverses organisations européennes, privées ou officielles, ont vu le jour. Leurs fondateurs se sont, de près ou de loin, inspirés des idées de Coudenhove-Kalergi.